Khamsa
2008 - Réal : Karim Dridi (français) - Drame - ![]()
Placé par mesure de protection dans une famille d’accueil, Marco, onze ans, fugue pour retrouver le camp gitan qui l’a vu naître. Rien ne semble avoir changé depuis son départ, les plongeons dans le chantier naval de l’Estaque, les parties de cartes nocturnes et les combats de coqs... Avec son cousin, le nain Tony, Marco rêve de faire fortune avec les combats de coqs. En attendant, il fait les quatre cents coups avec Coyote son ami d’enfance. Avec lui il rencontre Rachitique, un jeune Arabe d’une cité voisine. Très vite, le trio inconscient passe du vol de scooter au cambriolage de maison. Il a beau embrasser la petite main de fatma qu’il porte toujours autour du cou, la protection et le bonheur qu’elle est sensée lui apporter ne sont pas au rendez-vous.
Bien touché, merci. Ca a commencé par des yeux humides d'émotion à la vue de ma Marseille natale. Les quartiers que j'ai tant cotoyés : l'Estaque, la campagne Lévêque, que j'ai connue avant qu'elle soit rasée par les incendies, à l'époque où on allait encore y ramasser "la doucette " dans les ruisseaux et où les rossignols de minuit chantaient le soir, en dessus des chantiers navals, les pannes où mon grand père forgeron retapait des bâteaux pour la CMR, le camp de gitans de Saumaty, la montée des accoules. Pour le profane, il s'agit ni plus ni moins du décor de Marius et Jeannette ou de Plus belle la vie... Pour l'histoire, c'est tout bonnement l'enfer du décor de cette série télé pourrie : Marseille depuis la crise. Les chantiers ont fermé, la population s'appauvrit, le melting-pot n'est plus la force vive de la ville. On devine qu'il y a d'un côté les riches, et de l'autre les très pauvres. La misère se sent, elle n'est pas moins pénible au soleil, contrairement à ce que dit la chanson, c'est la première idée qui m'est venue. Et puis il y a Marco, ce jeune acteur amateur emprunté au décor, qui porte le film à lui seul avec un brio incroyable. D'ailleurs l'ensemble des très jeunes acteurs présent sur le tournage s'en sort avec une maturité impensable : faut il que Karim Dridi soit fortiche pour diriger de si jeunes recrues avec autant de justesse ! D'autant plus que le cadre est dérangant : on est loin ici des fables de Guediguian. Tout est sans pitié : la société, les parents, le cadre. Le choix des lieux de tournage est judicieux, la photographie n'a rien d'exceptionnel mais toute sa cruauté et son originalité vient du fait que ce film est tourné à hauteur d'enfant, ce qui donne un relief supplémentaire à la violence. J'ai envie de dire qu'il faut aborder Khamsa avec respect et circonspection car il s'agit de TOUT sauf d'une fiction. Ayant oeuvré 7 ans parmi le campement de gens du voyage au Neuhof, j'y ai -hélas- reconnu les mêmes problèmes, les mêmes populations, les mêmes réactions que celles existantes. Un film qui m'a laissé sur le cul, malgré un scénario prévisible. Du cinéma français digne de ce nom, qui ne cherche pas à imiter ou à s'élever inconsidérèment, mais à dénoncer. Comme quoi, l'énergie du désespoir peut être payante.
Encore une fois, si le cinéma français veut évoluer, il doit absolument cesser de chercher à donner dans les films consensuels. Il se doit de traîter ses sujets avec honnêteté, garder ses particularités typiques et cesser de plagier les réussites d'Hollywood. La preuve, les films français qui marchent sont souvent indépendants, pour le moins dans l'âme, et bien loin des superproductions américaines. Je tire mon chapeau à messieurs Tony Gatlif, Karim Dridi et Robert Guediguian, qui font du cinéma, du vrai, authentique et franc.